Gratuité des transports : Tromperie ? Avancée sociale ?

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Retour sur une politique publique des transports initiée contre vent et marée par l’ancienne majorité politique de l’Agglo du Pays d’Aubagne et de l’Etoile (EPCI).

Un collectif d’associations et citoyens revisite l’application de cette mesure dans un contexte nouveau avec l’installation au 1e janvier 2016 de la Métropole Aix-Marseille qui a la compétence transports sur l’ensemble du territoire de l’ancien EPCI.

Les 14 et15 mai 2016, journées de réflexion sur la gratuité des transports en commun.

Depuis 7 ans, la gratuité des transports en commun, est un fait incontournable sur le territoire de l’ex Agglo du pays d’Aubagne et de l’Étoile.

Rien n’a été simple dans la mise en place de cette décision politique. Après de nombreux débats houleux, il a fallu bousculer des réticences avant de l’instaurer.


En ce mois de mai 2016, nous célébrons ce bel anniversaire, et nul ne songerait maintenant à remettre en cause cette pratique. Elle est prise en exemple par quelques collectivités qui étudient la possibilité de l’instaurer. Deux journées nationales de réflexions auront lieu le 14 et 15 mai.

La majorité des usagers plébiscite la gratuité, l’adhésion est sans bornes chez les collégiens et lycéens, certains n’ayant connu que des transports en commun gratuits.

La perspective de sa perte depuis que la compétence transport est transférée à la Métropole Aix-Marseille-Provence, soulève de larges protestations parmi les militants de la première heure, et, plus étonnant encore, parmi les farouches opposants de cette mesure aussi.

L’ex Agglo du Pays d’Aubagne et de l’Étoile a donné délégation à la Société Publique Locale (SPL) Faconéo pour prolonger la gratuité jusqu’en juillet 2017. La Délégation de Service Public (DSP) attribuée à TRANSDEV, prend fin à cette période-là.

Beaucoup d’incertitudes après cette échéance.

Il est de notoriété publique, que beaucoup de personnalités métropolitaines et même, quelques syndicalistes, sont contre la gratuité.

D’où la nécessité de se mobiliser.

Il faut dire que les chiffres sont éloquents.

Une étude, datant de 2012, fait apparaître des progressions des plus satisfaisantes, au-delà des espérances affichées, et celles-ci ont encore évoluées.

Le nombre de voyages/habitant, passe de 19 à 48, le nombre de voyages évoluant de 1,9 millions en 2009 à 4,8 millions en 2012, soit une progression de 155%, (5,5 millions pour la fin de l’année 2015, chiffre qui a pratiquement triplé), l’engagement sur les dépenses n’augmentant que de 12%, tout cela fait que le coût/voyage passe de 4 € à 1,9 €.

Mais au-delà de ces chiffres certes enthousiasmants, c’est surtout pour l’impact dans des domaines tels que l’environnement, la santé, le pouvoir d’achat, le vivre ensemble, le service public, que la gratuité devient un outil intéressant.

Tromperie ?

De toute manière, rien n’est gratuit, c’est finalement le contribuable qui paye.

C’est l’argument mis en avant par les opposants à la gratuité. Une approche qui s’avère quelque peu erronée.

En effet, c’est l’évolution de la taxe versement transport des entreprises de plus de 9 salariés qui a financé la gratuité (à noter que la loi Macron fait passer ce seuil à plus de 11 salariés).

La recette billetterie était de 700 000 €/an, Le premier passage du Versement Transport (VT) de 0,6% à 1,1% dû au déplacement de la barre des 100 000 habitants sur l’Agglo,a non seulement permis de compenser cette somme, mais a également permis d’investir dans l’augmentation des équipements supplémentaires. Par la suite, l’augmentation du VT à 1,8% grâce au projet de Transport Commun en Site Propre (TCSP) a permis l’amélioration du réseau de transports en commun par la mise en service d’une ligne de Tramway.

Autre argument des détracteurs, le matériel ne sera pas respecté, il sera en permanence dégradé.

Il s’est avéré lui aussi inexact. Mieux c’est le phénomène inverse qui s’est produit. On constate plus de respect, moins de dégradations. Nous reviendrons plus loin sur le respect des personnes.

Il faut responsabiliser les gens ne serait-ce qu’en leur demandant une somme même minime. Il est injuste que des couches sociales qui peuvent payer bénéficient de la gratuité.

La billetterie représentait environ 3,5% du prix de revient des transports en commun. La gratuité assumée en partie par le VT s’élevait donc déjà à 97,5% du coût des transports en commun. Les gens alors n’appréhendaient pas cette injustice. C’est simplement le fait de déclarer une gratuité totale qui a déclenché une telle réaction.

La gratuité s’applique à bien d’autres domaines, elle est admise inconsciemment par les gens (l’école, la santé). Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les transports en commun ?

Par les économies qu’elle génère, elle a des conséquences sociales non négligeables.

Avancée sociale ?

Un collectif pour la défense de la gratuité s’est constitué.

D’autres disent vouloir la défendre sans l’apport des citoyen-ne-s. « Dormez braves gens, les édiles agissent ».

Le collectif n’a pas cette conception des choses. Il ne se veut pas être en opposition aux élus, mais en soutien de leur action. «Nous sommes là, la gratuité nous voulons la garder, la proposer pour d’autres espaces».

Car la gratuité est ressentie par les citoyens comme une belle avancée, une véritable transformation sociale.

Voyons si vous le voulez bien les aspects bénéfiques de la gratuité.

Première évidence, une amélioration du pouvoir d’achat, qui est loin d’être négligeable. 40 à 60€ d’économie par mois selon les situations familiales (rappelons que ces chiffres sont issus d’une étude datant de 2012, qu’en est-il actuellement?). Permettant au quotidien plus d’aisance sur les postes nourriture, vêtements, loisirs.

Autre point à mettre en avant, la gratuité, la santé et l’environnement. Car moins de déplacements motorisés polluants (- 5000/jour), c’est moins de stress dans des trajets voitures, moins de pollution et donc du mieux-être et des économies pour la santé publique. En termes d’environnement, qui peut imaginer ce que va devenir notre quotidien si l’on continue à privilégier le tout voiture.

Aspect non négligeable, la disparition de la tentative de fraudes qui engendrait des tensions entre les voyageurs, et vis à vis des chauffeurs. La disparition des regards de suspicion engendrés par les non paiements volontaires ont disparu au profit du le vivre ensemble.

Tous les acteurs des transports en commun constatent les de meilleures relations intergénérationnelles, une convivialité retrouvée par les sourires qui fleurissent, les échanges, les liens qui se nouent entre voyageurs, avec des chauffeurs qui travaillent sereinement et le sentiment d’avoir un bien commun à partager. Le respect des liens sociaux, quelle victoire !

La gratuité accroît la mobilité. Plus de visites aux parents et amis, plus de venues au centre-ville avec les conséquences que cela génère pour le commerce. Plus de ballades dans les villages sur des sites à visiter. Certains touristes sont enchantés de pouvoir découvrir notre Agglo et tous ses lieux de promenades, de détentes, son patrimoine.

La gratuité est devenue tellement naturelle, que lorsque nous utilisons des transports en commun, hors de la zone de l’Agglo, il nous faut faire un effort pour avoir le réflexe ticket.

La gratuité, c’est la création d’emplois. L’augmentation de la fréquentation a demandé des moyens humains accrus. Un redéploiement de certaines catégories de personnel, notamment les contrôleurs, mais aussi des bus supplémentaires, donc des embauches de conducteurs.

La gratuité est devenue un service rendu au public. Comment ne pas penser qu’elle participerait à la défense du service public, si elle était étudiée et prise en compte à d’autres échelles. ? A ce titre, il est bon de savoir que TRANSDEV, n’envisage le développement des transports, qu’à travers les loisirs et le tourisme. C’est bien réducteur.

Vous l’avez compris, nous estimons que la gratuité mise en place sur le territoire de l’ex Agglo est une excellente mesure.


Nous ne voulons pas en faire un exemple à suivre, mais la porte ouverte à d’autres chemins possibles. Ce qui a pu se faire de cette manière ici, peut être pensé différemment ailleurs.

Toutes les écoles buissonnières ne sont pas mères d’insouciance, d’oisiveté, de dilettantisme. La nôtre a été enrichissante pour tout un territoire.

Pourquoi ne pas ouvrir d’autres champs de gratuité,
Pourquoi ne pas entonner d’autres chants de liberté.

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